Actualité dossier
Le Stade Malherbe de Caen
Édition du jeudi 21 février 2008

Patrick Parizon : « J'ai dormi avec la Coupe de France »

Ligue 1. Caen - Saint-Etienne, samedi (17 h 10). L'entraîneur adjoint caennais a passé six saisons à Saint-Etienne entre 1967 et 1973.

L'arrivée. « Je jouais en sélection de Bourgogne cadets en lever de rideau de Saint-Etienne - Lyon à Geoffroy-Guichard contre la sélection Rhône-Alpes. A la mi-temps, Pierre Garonnaire, à la demande de l'entraîneur stéphanois, Jean Snella, est venu me voir pour me demander les coordonnées de mon père, je l'ai envoyé paître, je lui ai dit que j'avais encore une mi-temps à jouer, il est allé voir mon père qui était dans la tribune. Dès le lendemain, je recevais une convocation fédérale pour un match amical contre l'Italie en équipe de France juniors. Le sélectionneur cherchait un gars côté droit, il avait appelé Jean Snella qui lu avait dit de m'essayer. Le jour de ce lever de rideau, Lyon m'avait aussi repéré. Saint-Etienne a insisté, mais j'étais aussi en contact avec Reims où j'avais déjà prévu de faire un essai, je l'ai effectué par correction et j'ai choisi Saint-Etienne. »

Le premier match pro. « C'était en novembre 1969, on recevait Valenciennes sur un terrain gelé. J'avais bénéficié de la grave blessure d'un super yougo : Samardzic pour jouer. On gagne 1-0 et c'est moi qui marque, sur une balle donnée en profondeur après un duel avec le gardien. Je n'ai plus quitté l'équipe. »

La volonté de Jacquet

Une fantastique première saison. « On fait le doublé coupe championnat en 69-70. On gagne le championnat avec plus de dix points d'avance sur le Marseille de Skoblar et Magnusson et on met 5-0 en finale de Coupe de France à Nantes. J'avais marqué le premier but. Le jour de la fête des mères, à trois jours de mes 20 ans. Salif Keita était vert parce qu'il n'avait pas marqué et s'était fait piquer le trophée de meilleur but européen par Magnusson avec 44 buts alors que lui en avait mis 42.

Deux générations. J'ai joué avec deux générations, celles des Carnus, Bosquier, Aimé Jacquet, Bereta, Hervé Revelli, Larqué, Salif Keita puis celle des Sarramagna, Synaëghel, Curkovic...

La Coupe d'Europe. Le meilleur souvenir pour moi c'est une qualification contre Hajduk Split en 70-71. On avait perdu 4-1 à l'aller là-bas et on gagne 5-0 au retour, j'ai aussi un bon souvenir d'un 3-0 en 69-70 contre le Bayern de Munich.

« Herbin nous a tous virés »

Le joueur l'ayant le plus impressionné. C'est Rachid Mekloufi, un meneur de jeu de petit gabarit à la technique exceptionnelle qui marque deux buts en finale de Coupe de France 68 dont un penalty qu'il retire et marque à nouveau. Un type extra surtout, c'est lui qui venait nous prendre, nous les jeunes qui n'avions pas de voiture, pour nous amener à l'entraînement. On s'est revu lors du dernier France-Algérie au Stade de France, Jacquet nous avait mis côte à côte. Jacquet aussi m'a impressionné. Il était indispensable à l'équipe et d'une volonté exceptionnelle. A 32 ans, il met 18 mois pour revenir d'une blessure au tendon d'Achille, se pète à nouveau un mois après, se refait opérer à nouveau et revient encore, à 34 ans.

L'amertume. Le départ. On avait eu une réception en fin de saison suite à la passation de pouvoir au poste d'entraîneur entre Albert Batteux et Robert Herbin. Le président Rocher m'avait dit qu'il comptait sur moi. Je pars en vacances à Saint-Jean-de-Luz avec Aimé Jacquet et là-bas je reçois un télégramme m'indiquant qu'un accord pour moi avait été trouvé avec Troyes, promu. J'en ai encore « les boules ». Il y a des choses qui ne se font pas. Mais Herbin quand il a pris le poste d'entraîneur, a viré tous les joueurs avec qui il avait joué auparavant.

L'anecdote. Quand on a gagné la Coupe en 1970, on a été reçu par le maire de Saint-Etienne (Michel Durafour) dans un salon parisien, puis on a pris le bus pour aller sur les Champs-Elysées avec escorte policière, mais on avait oublié la coupe derrière nous, les motards sont partis la rechercher. Pour ne plus la perdre, vu que j'étais le plus jeune, on me l'a confiée jusqu'au lendemain où on la ramenait à Saint-Etienne. Je n'avais pas vingt ans, j'étais célibataire, dans ma chambre d'hôtel j'ai dormi avec la Coupe de France. On avait aussi été invités à manger à l'Élysée par le Président Pompidou qui n'avait pas pu être à la finale de la coupe et avait envoyé un télégramme indiquant qu'il inviterait les vainqueurs.

Recueilli par

David GUEZENNEC.

Ouest-France

Les autres titres

Accueil - Dossier SM Caen


maville.com Tous les flux RSS d'actualités