On peut être suédois, jouer avec un bandeau dans les cheveux et ne pas s'appeler Bjorn Borg... Karl Svensson préfère les courbes polies de la balle blanche, en cuir, au feutre plucheux de la petite sphère jaune. Il a d'ailleurs troqué le serre-tête en éponge, façon seventies, pour le lacet noir davantage dans l'air du temps.
L'homme est jeune, 23 ans. Il situe ses premiers grands souvenirs de foot vers 1994. Cette année-là, les Jaune et Bleu atteignirent les demi-finales du Mondial américain. Avec dans les buts le fantasque Thomas Ravelli, et devant un certain Kenneth Andersson. Avant de devenir l'avant-centre fantomatique de Malherbe, le grand Kenneth claqua cinq buts aux States. Dont celui de l'égalisation en quart de finale face à la Roumanie (2-2, 5-4 tab), match qui est au Royaume ce que les France - Brésil de 1986 et 1998 sont à l'Hexagone
Enfant de la balle, la recrue suédoise du Stade Malherbe l'a toujours été. Au pays de Jan-Ove Waldner, il a souvent pris place au bout de tables de ping-pong. « J'y ai joué pendant cinq ans. J'ai de toute façon touché à pas mal de sports », explique le solide scandinave (1,89, 83 kg). Pas au hockey sur glace pourtant, discipline n°1 juste derrière le foot. Mais à l'athlétisme : « Je me débrouillais sur 800 m. Je me situais au niveau de la 14e, 15e place nationale. Ça m'aidait niveau foot, puisqu'à l'époque je jouais milieu axial, plutôt défensif. Je courrais beaucoup. Mentalement, l'athlé m'a endurci. Quand tu sais que tu te lances dans un 800 m, tu te sens mal... Mais il faut y aller. »
Jusqu'à 15 ans, Karl concilie tartan et herbe. Avant de troquer définitivement les pointes pour les crampons. Plutôt que d'intégrer les rangs des équipes de jeunes du grand Göteborg, vainqueur de la coupe de l'UEFA 1982 et 1987, il milite en D3 avec Jönköping, sa ville natale. Il descend d'un cran, passe en charnière centrale : « Au milieu, je n'étais pas assez bon, sourit-il. Je ne faisais que courir, et taper dans le ballon... »Ce n'est qu'en 2003 qu'il intègre l'équipe première de l'IFK. Capitaine et vice-champion en 2005, il quitte les rangs des sélections de jeunes pour arriver en A, avec les Ljungberg, Kallström, Ibrahimovic, Larsson. « J'ai joué une fois, contre l'Arabie Saoudite en amical, en janvier 2006. J'étais au Mondial 2006, mais je ne suis jamais rentré. »
Paul Le Guen l'a pourtant pris sous son aile, aux Glasgow Rangers : « Aller là-bas me semblait être un bon choix, explique Karl. J'ai toujours été attiré par le foot britannique. Au final, ça a été dur. » Il s'installe pourtant aux côtés de Julien Rodriguez. Mais les résultats tardent à venir. Le Guen s'en va. Svensson sort de l'équipe. « Le challenge de Caen m'a plu. Je ne connaissais pas beaucoup le championnat français. Un peu Lyon, ou Auxerre, que j'avais affronté en Coupe de l'UEFA. C'est un très bon niveau. Ça joue vite, technique. J'ai tout à prouver. Je n'ai que qu'une grosse vingtaine de matches en Ecosse derrière moi... »
Là-bas, il pensait user de son gabarit : « En charnière centrale, j'ai toujours plutôt été le joueur physique. Mais je me suis vite retrouvé face à des attaquants plus grands, plus costauds que moi. Un gars comme Laslandes, que j'ai vu samedi, est plutôt petit par rapport à eux. » Alors l'international suédois a continué à développer d'autres armes, lui qui n'est pas forcément apparu très vif sur ses premières sorties normandes : « Comme je suis plutôt grand, mes premiers pas ne sont pas très rapides. Mais en défense centrale, si tu es bien placé, que ton équipe est bien organisée, tu peux compenser. »
Le baptême du feu a été concluant. Caen l'a emporté, Nice n'a pas marqué : « Nous avons pourtant pris trop de risques en 2e période, lâche le défenseur. Mais ce match est derrière nous maintenant. Il faut penser à Nancy. » Ensuite, il faudra songer à aménager. « Plus qu'une semaine, et je quitte l'hôtel » soupire-t-il, heureux à cette idée. Le tranquille Svensson aimerait se poser avec sa girl-friend. La dernière année a été agitée, des bords du lac Vättern aux berges de la Clyde, jusqu'à atterrir sur les rives de la Manche. Le viking espère s'y poser, et stabiliser le drakkar malherbiste.
Dominique FAURIE.
L'actualité du SM Caen