L'ancien bâtiment de sciences est occupé par les étudiants grévistes depuis le 8 novembre. Au campus 1 de l'université, parking désert. Ou presque. Deux jeunes emmitouflés filent sous la pluie. Ils montent l'escalier, frappent à la porte. C'est bon : ils peuvent entrer dans l'ancien bâtiment de sciences. Le planton les a reconnus. Il est minuit. L'édifice vit sa treizième nuit d'occupation. Presque deux semaines de blocage voté. Une sorte de lassitude traîne déjà sur les mines des bloqueurs, qui montent la garde. De la fatigue, mais pas vraiment de démotivation. « L'intervention des anti-blocages a multiplié par deux le nombre de personnes présentes le soir », répond un des étudiants.
Idéal pour remobiliser les troupes, après une journée plutôt agitée. Manifestation des fonctionnaires le matin, assemblée générale houleuse dans la foulée... Puis sévère empoignade avec les étudiants opposés à l'occupation des bâtiments de droit pour les uns, tandis que les autres bloquaient les quatre ponts de l'Orne et les voies ferroviaires à la gare.
Sacs de couchage ou moquette
Dans la cuisine, « le lieu de vie », un homme exhibe son genou meurtri, assure avoir reçu des coups de bâton. Les récits de scène de combat s'enchaînent. La plupart des étudiants présents au moment des échauffourées semblent encore vivre la violence de l'instant. L'heure du repos approche à grands pas.
Où dorment-ils ? « Dans des dortoirs improvisés. » Des salles où les occupants ont amené « des sacs de couchage », parfois « des matelas ». « On est bien installés », assure un jeune homme. « Pas tout le monde », lui rétorque un autre, qui doit visiblement se contenter de « la moquette » en guise de literie.
Le bruit aigu d'un sifflement transperce la nuit, brise le calme ambiant. « On a des gens qui nous préviennent, si on voit rôder. » Il est à peine 1 h du matin. Tout le monde se lève, s'oriente vers l'entrée et l'amphithéâtre où quelques grévistes regardent des vidéos. Deux étudiants entreprennent de faire le tour des bâtiments.
L'idée à n'importe quelle heure
Des fenêtres laissent échapper de la lumière, comme des écrans de télévision animés par des acteurs silencieux. Des chambres de fortune ? « Non, des salles de réunion. Quelle que soit l'heure, dès que quelqu'un a une idée, il l'a soumet aux autres. » Qu'importe l'heure. Les pourtours de l'immeuble présentent des aspects fantomatiques, avec ses halos de lumière orangée qui sauvent quelques rares espaces de l'obscurité. Personne, fausse alerte. Les deux étudiants terminent leur ronde. Il est près de 2 h. L'heure pour certains d'aller se coucher. Une nouvelle équipe arrive. C'est son tour de garde. « On a voté en AG que les médias ne doivent pas entrer dans les bâtiments, dehors ! », assène un barbu obtus. Fin du récit.
Josué JEAN-BART.

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