Jean-Marie Muller, historien, à l'exposition sur les Justes de France au Mémorial de Caen. Pouvez-vous expliquer ce que représente la désobéissance civile ?
Il ne peut exister de société sans lois. Et la fonction de la loi, c'est de garantir la justice. Une loi juste mérite l'obéissance des citoyens. Mais il arrive que la loi cautionne l'injustice. Il est alors de la responsabilité du citoyen de désobéir à une loi injuste. Ce qui fonde, en définitive, la citoyenneté, ce n'est pas la discipline, mais la responsabilité. Nul ne contestera aujourd'hui que les lois antisémites du gouvernement de Vichy étaient injustes. C'est pourquoi les sept inspecteurs du commissariat central de Nancy ont fait preuve de la plus haute citoyenneté en désobéissant aux lois de Vichy.
Ayant appris qu'une rafle allait se dérouler dans la nuit du 18 au 19 juillet 1942, ils ont prévenu tous les juifs. Ils en ont ainsi sauvé plus de 300.
Pendant l'Occupation, il était plus important de sauver un juif que de tuer un Allemand.
Vous remettez donc le concept de guerre en question, ce n'est pas une solution, selon vous ?
La guerre est une impasse suicidaire. Il faut réfléchir aux possibilités de l'action non-violente, et essayer d'instaurer des médiations. Finalement, personne ne gagne jamais une guerre car il y a toujours des pertes humaines et économiques. La violence est un choix de désespoir. La crise du Kenya en ce moment montre que l'augmentation du nombre de morts ne permettra pas de reconstruire une société de justice et de respect.
Vous évoquez au Mémorial la désobéissance civile des Justes à aujourd'hui... Est-ce qu'il y a une continuité ?
On ne peut certainement pas établir de parallèle entre l'occupation allemande et la situation qui prévaut en France aujourd'hui. Mais, aujourd'hui comme hier, les citoyens sont appelés à faire preuve d'une vigilance démocratique face à la mise en oeuvre des lois. L'action du Réseau éducation sans frontières, par laquelle des parents veulent protéger les amis de leurs enfants qui risquent d'être expulsés, me semble exemplaire. La désobéissance civile est une forme de dissidence. Et c'est indispensable à la démocratie afin d'instaurer un débat entre l'opinion publique et les décideurs.
Propos recueillis par
Mélissa BOUNOUA.
Jean-Marie Muller est l'auteur du Dictionnaire de la non-violence (Éditions du Relié Poche).

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