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Alexandra Gréard, Jacky Antier et Yvette Deplano (de gauche à droite), avec quelques chiens du refuge SPA de Cabourg, qui accueille environ 150 animaux. : Jean-Yves DesfouxTROUVILLE. - Ses yeux bleus supportent mal le regard des hommes. Un cas particulier, cette femelle husky, baptisée Élise. « Son maître la battait à coups de barre de fer, raconte Yvette Deplano, responsable du refuge SPA de Cabourg (Calvados). Elle est avec nous depuis treize ans et n'a jamais pu être adoptée, car elle est trop craintive. Elle finira sans doute ses jours ici. » Dans cette structure, cinquante chiens et cent chats sont accueillis. Des bêtes encore marquées par les cicatrices de l'abandon.
Un sentiment d'injustice
Cette triste réalité se répète l'été, mais aussi à Noël, quand la famille n'arrive pas à s'occuper du compagnon offert aux enfants. Jacky Antier, qui organise la logistique d'accueil des animaux, n'arrive pas à s'y faire. « Je préfère m'occuper d'eux que de leurs propriétaires. Car, quoi qu'il arrive à leurs maîtres, les animaux, eux, restent toujours à leurs côtés. »
Pourtant, Yvette Deplano l'assure : l'abandon n'est pas forcément synonyme de lâcheté. « La majorité des gens assument cet acte. Ils signent un papier, nous versent de l'argent pour qu'on s'occupe de leur animal, souvent trop vieux ou qui a besoin de gros soins vétérinaires. Ils n'ont pas le courage ou les moyens de le soigner, voire de l'euthanasier. »
Mais le sentiment de révolte est unanime lorsqu'on évoque les abandons sauvages ou anonymes. En février, « les policiers ont découvert trois chiens, attachés en pleine nuit à la barrière d'entrée du refuge. On retrouve des chats dans des campings, des chiens sur des parkings de grandes surfaces. »
Le refuge compose avec cette injustice en bichonnant ses « réfugiés ». Cinq salariés y travaillent au quotidien, distribuant près d'une tonne de nourriture par mois. Les chiens sont baladés quatre fois par jour, dix bénévoles s'y attellent.
L'inquiétude majeure est liée à la capacité d'accueil. Lors des périodes d'arrivées massives, la place est plus rare. Et devoir, pour en gagner, se séparer d'un animal en fin de vie reste une hypothèse « insupportable ». « On a eu sept adoptions entre le 15 juillet et le 1er août. Elles ont libéré de la place, assure Yvette. Jusqu'à maintenant, ça nous a sauvés. »
Benoît GUÉRIN.