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La première fois, c'était le 24 juin à Lisieux. Prévenus avec deux autres équipiers pour des violences lors d'un match de deuxième division de district entre l'US Lisieux et l'ES Courtonne-les-Deux-Églises du 18 mai, Abdallah, 24 ans, et Karim, 21 ans, n'ont pas supporté les peines de prison ferme de huit mois et cinq mois. Surtout la condamnation du plus jeune.
Son énoncé a provoqué un déchaînement de violence. D'abord des mots à l'encontre du président du tribunal correctionnel de Lisieux. L'aîné des deux frères fracasse ensuite la barre du tribunal d'un coup de pied. Il semble vouloir quitter la salle d'audience. Les policiers interviennent. La situation dégénère.
Crachats et coups
Deux crachats et une volée de coups pour un commandant de police, d'autres officiers et agents molestés... La scène dure un bon quart d'heure, le temps de mettre les menottes à Abdallah et Karim. Entre-temps, les gendarmes sont arrivés en renfort. « Ça ne ressemblait plus trop à une audience, mais à un pugilat », commente la présidente Jocelyne Rubantel.
Son compte rendu des faits est contesté par les deux frères. « J'avais pris plus qu'un récidiviste et j'avais peur d'aller en prison », se défend le plus jeune, Karim, qui nie avoir insulté le tribunal. « Ils sont venus à six ou sept, ils m'ont étranglé, se plaint à son tour son aîné, Abdallah. Je reconnais avoir craché deux fois. Mais je conteste avoir porté des coups aux policiers. »
Deux des cinq policiers victimes assistent à l'audience. Ils se sont porté partie civile. L'un d'eux a fait l'objet d'un arrêt de travail de 15 jours. Jocelyne Rubantel reprend une à une les déclarations signées de l'huissier, du greffier, mais aussi du procureur, qui n'a pas vu pareille scène en 20 ans de carrière et des juges : tous décrivent la même version.
Pour le substitut du procureur de la République, François Lavallière, le tribunal est « un sanctuaire, un lieu sacré ». « Il ne peut être toléré de tels actes. » Il requiert huit mois de prison ferme pour le plus jeune, trente mois pour le plus âgés qui compte sept condamnations à son casier judiciaire, soit six mois de plus que la peine plancher.
Dans sa plaidoirie, Aline Lebret tente de minimiser les faits. « Ils contestent avoir porté des coups pour faire mal, pour blesser. Ils se sont débattus. Il y a une différence entre violences volontaires et rébellion. » Elle évoque aussi deux jeunes marqués par le racisme dès l'adolescence.
Le tribunal correctionnel de Caen condamne Karim et Abdallah Ben Kaddour à six mois et deux ans de prison ferme. Ils sont maintenus en détention. Ils devront aussi verser 1 304,94 € au Trésor public pour la réparation de la barre et des dommages et intérêts aux policiers.
Josué JEAN-BART.
Un jeune Caennais l'a appris à ses dépens.
Ouest-France