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Alors que les étudiants manifestaient pacifiquement devant les grilles du commissariat, les policiers ont chargé sans avertissement préalable. Pas la foule, vendredi matin au pied du Phénix. 60 à 70 étudiants semblent attendre des renforts. Ils ne viendront pas. Un peu avant 11 h, le petit cortège se lance dans la descente de la rue du Gaillon. L'ambiance est bon enfant, l'humour au rendez-vous : « Ça va péter ! » « Pécresse, t'es foutue, les étudiants sont dans la rue ! » Vu le nombre de manifestants, on en tremble d'avance.
Le groupe emprunte la rue Bosnières, l'avenue de Creully, les boulevards Richemond et Dunois. La balade prend des airs de promenade touristique. « Les bâtisses du XIXe siècle sur la droite contrastent avec les HLM, un peu plus loin », commente un étudiant au mégaphone. Le groupe repique vers le commissariat de police.
Devant les grilles fermées, il reprend un de ses leitmotivs du jour : « Libérez nos camarades ! » La veille, six d'entre eux ont été interpellés (et libérés depuis) dans le cadre de la manifestation, en particulier lors d'un épisode violent, au rectorat. Les slogans fusent : « Vous n'êtes pas obligés de bloquer les bâtiments par solidarité avec nous » ; « Vos heures sup', elles n'sont pas payées ! » Les jeunes se tiennent à bonne distance du muret du bâtiment. Au fond de la cour du commissariat, des policiers esquissent des sourires.
La tension monte soudainement. En tenue d'intervention, casques et matraques, les policiers s'équipent de boucliers. La rue est bloquée côté centre Leclerc par des véhicules de police et une dizaine d'hommes, eux aussi en tenue. Dans un sourire un peu jaune, les étudiants lâchent encore quelques plaisanteries, mais s'inquiètent d'une charge imminente.
Elle intervient quelques minutes plus tard : la trentaine de policiers se lance aux trousses des manifestants qui se replient jusqu'à la place du Canada. Un jeune homme puis une jeune femme sont interpellés.
Sur le marché, la colère gronde. Les étudiants s'en prennent au représentant des renseignements généraux. « On n'a rien fait ! Ils ont chargé ! C'est pitoyable, c'est lamentable ! » « On n'a pas un responsable avec qui on peut parler », répond le fonctionnaire. « Vous nous foutez sur la gueule, c'est ça votre discussion ? », hurle un autre manifestant. Après une petite marche, les étudiants rentrent désabusés au campus.
Josué JEAN-BART.