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Au milieu des 50 000 objets entreposés dans la réserve du musée, une enseigne d'arrêt de bus, acquise dernièrement par le conservateur en chef Jean-Marie Levesque. Elle servira lors d'une prochaine exposition sur le tourisme en Normandie. Savez-vous que sur les 50 000 pièces qui composent les collections du musée de Normandie, seuls 10 % sont exposés ? Les sous-sols du Logis du gouverneur renferment une quantité d'objets, de l'Antiquité à nos jours, vestiges de l'histoire de Normandie.
Dans cette vaste pièce, un appareil de traitement de l'air maintient la température à un niveau stable. « Ce qui nous intéresse, c'est moins l'oeuvre que la manière dont elle est le témoin de la société », explique Jean-Marie Levesque, conservateur en chef. Dans ce capharnaüm très ordonné - chaque objet, répertorié et consigné, fait l'objet d'un inventaire - on remarque des pipes du XVIIe siècle, trouvées lors des fouilles du parking Saint-Pierre. « Elles révèlent l'existence d'une taverne à cet endroit. C'est une façon de faire l'histoire de la ville qui ne passe ni par les monuments, les grands personnages ou les dates clés mais par des témoignages de la vie quotidienne », explique le conservateur.
Entamées à la fin des années 40, les collections sont mises à jour régulièrement. « Une réserve est comme une bibliothèque : si vous n'achetez pas de nouveau livre, le fond va vieillir. L'information se va se périmer et le contact avec le visiteur va s'émousser », estime Jean-Marie Levesque. Commencées avec le patrimoine rural, poursuivies avec l'archéologie, les collections du musée s'intéressent aujourd'hui au patrimoine industriel normand. Et les casques de chantier de la SMN ont rejoint les fragments de seaux du haut Moyen Age.
Un laboratoire,rare en province
Avant d'être stockés dans les réserves, les objets, notamment les pièces archéologiques, font étape au laboratoire. Le musée de Normandie est l'un des rares musées de province à disposer d'un tel lieu. Aux commandes, Lucie Voracek. Munie d'un microtour de prothésiste dentaire, la restauratrice se penche sur un curieux objet rouillé. « C'est une plaque de ceinture mérovingienne. A l'aide d'une radiographie, nous avons décelé un superbe décor de serpents entrelacés. J'abrase les corrosions pour retrouver l'état d'origine », expose-t-elle.
Plusieurs dizaines d'heures de travail seront nécessaires pour mettre à jour la parure. « J'utilise des outils un peu barbares, en piochant notamment dans les métiers médicaux, comme le scalpel des infirmières. Le métier de restaurateur est trop récent pour avoir ses propres outils. »
Lucie Voracek intervient également sur la conservation dite préventive pour conditionner certaines pièces. « Par exemple, un bonnet de dentelle est remis en forme avec du papier de soie, à l'abri de la lumière et des petites bêtes. » Dans une pièce jouxtant le laboratoire, des pièces de monnaie sont entreposées dans des bains de stabilisation. « Elles sont plongées dans des bains de soude pendant six mois afin d'enlever les corrosions. »
Mélanie PAPILLAUD.
Pratique. Musée de Normandie, enceinte du château ducal, entrée gratuite. Ouvert tous les jours, de 9 h 30 à 18 h. Tél. 02 31 30 47 60.