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Implantée à Bourguébus, Normandie couture a été repris en juillet 2000 par le groupe Grandis, basé dans la Manche. Implantée à Saint-André-sur-Orne, la société Thierry (2,8 millions d'euros de chiffre d'affaires) s'apprête à déménager pour Ifs dans un bâtiment neuf. Elle confectionne des vêtements pour des marques qui font rêver, de Chanel à Hermès. À Cormelles, Joël Marie emploie lui 65 personnes, pour 2,4 millions d'euros de chiffre d'affaires. Dans son carnet de commandes, une dizaine de clients. « J'ai démarré avec Kenzo, en 1985 », se souvient-il. Et à Bourguébus, Normandie couture (60 salariés, groupe Grandis) travaille aussi « pour les plus grandes maisons », explique Daniel Juvin, son PDG.
Deux cents salariés
En fait, la singularité caennaise est née de Normandie Couture. « La société a été créée en 1965, rue Caponière, par Alain Brault. Puis s'est installée à Bourguébus », raconte Nicole Aubert, directrice de cette usine. À 54 ans, elle y travaille depuis plus de trente ans. L'atelier a employé jusqu'à 200 couturières. « On a monté en gamme progressivement. » Après la reprise par Grandis en 2000, consécutive à un dépôt de bilan, l'atelier s'oriente clairement vers le luxe.
Entre-temps, il a fait des petits. Ancien de Normandie couture, Joël Marie, 62 ans, a fondé sa propre entreprise. Un de ses ex-collègues a lancé un autre atelier à Saint-André. « Au final, on arrive à un pôle de trois usines et 220 salariés. On travaille tous dans le même produit, pour des clients plus ou moins similaires », relate Joël Marie. « La Basse-Normandie reste un des pôles les plus importants dans le luxe parisien », glisse Daniel Juvin. Ses atouts : « La proximité de Paris et la chance d'avoir saisi ce créneau au bon moment, il y a quelques années », estime Joël Marie.
« On croit au futur »
Un secteur difficile ? « Sans doute, mais passionnant. Dans les années 80, il l'était déjà. Moulinex, la SMN semblaient des sociétés sûres. Elles ont disparu et je suis toujours là », constate-t-il, pragmatique. « On est performant car on nous a botté les fesses sans cesse. C'est bien, mais fatigant. Je suis néanmoins confiant pour l'avenir. On a un potentiel, un savoir-faire », sourit-il. « Comme le nombre de clients est réduit, on est dépendants, reprend Daniel Juvin, âgé de 47 ans. Il faut être vigilant. Jusqu'à présent, on n'a pas mal réussi. Je suis persuadé que le luxe féminin reste un marché sur lequel on peut s'exprimer en France, et pendant longtemps. »
Amedi Nacer, 46 ans, embraie : « On croit au futur du secteur. On se bat pour. Si la France se résigne à n'être plus qu'un pays de consommateurs de produits fabriqués ailleurs, c'est qu'on a un problème. » Daniel Juvin rebondit : « On peut faire des choses, mais il faut se bouger. » Les concurrents : les Italiens et les pays de l'Est. L'avenir du luxe français passe paradoxalement par des pays comme la Chine, la Russie et l'Inde. « Avec l'émergence de nouveaux riches, la demande y est forte, souligne Amedi Nacer. Acheter un vêtement d'une marque française sans l'étiquette « made in France » est pour eux presque impensable. » Joël Marie termine d'une formule : « C'est comme une Ferrari. Si elle était fabriquée en Corée, ce ne serait plus pareil... »
Virginie JAMIN.