Parution de l'ABC des loisirs
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Pour voir. « Le jour du cyclo à Bosguérard, j'ai dit à un journaliste : « Aujourd'hui, c'est poker. Tout ou rien. Pas 2e ou 3e, que 1er. » Avant la course, je savais que j'étais foutu si je gagnais car on avait été prévenus qu'il y aurait un contrôle antidopage. J'avais de toute façon décidé que j'arrêtais la compétition. Ça faisait quelques années que je pensais à ça. Quelques jours avant l'épreuve, j'ai notamment pris des corticoïdes pour voir ce que ça pouvait faire. Je voulais voir si on m'avait volé des courses quand j'étais plus jeune. Ça aurait pu ne pas marcher. Mais pour situer, j'ai mis un tour au gars qui avait fini devant moi aux championnats du monde masters une semaine auparavant. Aujourd'hui, je considère que je n'ai rien gagné et rien perdu. J'ai vu. »
J'assume tout. « Ce n'est pas un coup de sang, c'est réfléchi. J'assume tout. Je n'avais jamais rien essayé de ma vie. Les gens continueront sans doute de penser et de dire le contraire. Je peux comprendre. J'aurais eu la même attitude qu'eux avant de faire ça. Mais je ne me suis pas dopé durant toute ma carrière. On m'a proposé plus d'une fois de prendre des choses. Je ne regrette pas de ne pas avoir cédé à la tentation, mais j'aurais peut-être pu faire un coureur... »
Acte isolé et désintéressé. « Je ne suis pas dans un trafic. Le matin, je peux me regarder dans la glace. Je n'ai jamais vendu de produits à qui que ce soit. Et je n'ai pas non plus fait ça pour gagner de l'argent ou avoir mon nom en titre dans le journal après avoir gagné la course. Sinon, j'aurais pu « voler » les championnats de Normandie de cyclo, surtout qu'il n'y a pas eu de contrôle de jour-là. »
Désamour. « Pour moi, c'est évidemment fini la compétition, quel que soit le sport d'ailleurs. Ça faisait 22 ans que je faisais du vélo. J'avais l'amour des courses. Mais pour moi l'ambiance n'est plus la même ces dernières années. C'est ce qui m'a poussé à arrêter. On ne voit plus les gens aller boire un coup pour parler ensemble après une épreuve. Maintenant, chacun part dans son coin. J'étais devenu un solitaire sur la fin. Je ne m'y retrouvais plus. Donc sur la dernière épreuve je me suis dit : je fais ce que je veux et au revoir tout le monde.
L'aspect moral. « Je ternis sans doute l'image du cyclisme mais je suis une goutte d'eau dans l'océan. Je sais aussi que je ne suis pas un exemple pour les jeunes. Si un gamin me disait « je marche à ça... », je lui dirais « t'es con de faire ça ». D'abord d'un point de vue mental. S'il se fait choper et qu'il doit arrêter quatre ans, il ne se doute pas comment ça peut être dur à vivre. Je n'ai pas fait ça à 25-26 ans parce que j'aurais pété un plomb d'être arrêté quatre ans. »
Recueillis par
Patrick BRIONNE et François BOSCHER.