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À l'exception des déportés juifs dont les archives sont conservées par le mémorial de la Shoah, la plupart des documents relatifs à la déportation en France sont à Caen. Ils ont été installés là par le secrétaire d'État aux Anciens combattants de l'époque, Louis Mexandeau. En tout, un fonds de 7 km linéaires au quartier Lorge, avec les archives de la Défense et des anciens combattants. Une mine d'or pour les historiens.
« Nous essayons de reconstituer le parcours de chacun », explique Arnaud Bouligny, chercheur de la Fondation. Avec son équipe, il s'appuie sur les listes de passagers des convois à destination des camps de concentration, ainsi que sur les fiches d'identité remplies par les Nazis à l'entrée de ces camps. Ils disposent d'examens médicaux de ceux qui ont été libérés et de déclarations faites par des familles de disparus.
Cinquante mille dossiers individuels ont été examinés : il en reste beaucoup à étudier. « Depuis le premier livre mémorial, paru en 2004, nous avons déjà ajouté plus de 3 000 noms », se félicite Arnaud Bouligny. Le ministère de la Défense vient de signer une nouvelle convention de trois ans avec la Fondation. Le fonds devrait s'enrichir encore dans les prochaines années. Les chercheurs s'orientent aujourd'hui vers de nouvelles pistes, comme la déportation des Tsiganes, des homosexuels, ou les moyens de transport qui ont servi à leur acheminement.
Une douzaine de chercheurs sont mobilisés sur ces sujets. Pierre-Emmanuel étudie, pour son mémoire de master, les femmes françaises déportées vers le camp allemand de Sarrebruck. « J'en ai déjà recensé plus de 1 400 : en majorité des Résistantes, arrêtées dans les derniers mois de l'Occupation », explique-t-il. Le fonds intéresse aussi Henning, étudiant allemand. Lui se penche sur la manière dont les déportés percevaient l'Allemagne.
Tout le monde peut consulter ce fonds, à condition de savoir ce qu'il cherche. Pour faciliter l'accès, la Fondation s'apprête à mettre en ligne la liste des 89 000 déportés politiques de France.
Mathilde BELLENGER.
Pratique. Bureau des archives des victimes des conflits contemporains, Rue Neuve-Bourg-l'Abbé à Caen. Tél. 02 31 38 45 41