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Christophe a combattu jusqu'à épuisement. Au risque de sa vie. Le chien a failli lui mordre les parties intimes : « Il a heureusement croqué le téléphone portable qui se trouvait dans ma poche. » Pour dernier réflexe, le trentenaire déchiqueté a pu ouvrir une porte de sa voiture garée devant l'entrée de l'immeuble du 5 rue Etavaux, monter à l'intérieur. Et y attirer le molosse, agrippé à sa jambe. L'adversaire canin de Christophe a été piégé à l'intérieur de la Xantia.
Dans le box des prévenus, Romain Richard, grand et maigre, semble regarder dans le vide. Son visage reste impassible. Jugé en comparution immédiate, il doit s'expliquer pour des faits de violences aggravées, notamment volontaires avec arme par destination (le chien, ndlr). Le jeune homme, qui n'a pas d'antécédents pour des violences, risque la peine plancher de quatre ans de prison : il est aussi poursuivi pour des dégradations par un moyen dangereux en récidive... Cette fois, le moyen est un chien. Dans sa furie, celui-ci a dégradé des véhicules.
La police a évité le lynchage
Romain Richard vit dans un foyer d'hébergement. Ce garçon au parcours chaotique, sous tutelle, « à la personnalité gravement immature et déséquilibrée », suit un traitement au Xanax, un anxiolitique, et au subutex, produit de substitution à l'héroïne destiné aux toxicomanes. Lundi après-midi, il a passé son après-midi à boire bière et vodka avec des connaissances, dont le couple de propriétaires du chien déclaré, muselé et avec une corde pour laisse. Jusqu'à ce qu'il se retrouve seul avec l'amstaff, muselière défaite. Sans réfléchir, Romain Richard décide d'aller « taper » des cigarettes à son père, qui habite au 5 rue Etavaux. Bilan de la soirée : cinq personnes mordues, dont un enfant de 3 ans. « Vous ne connaissez même pas le nom, pourquoi vous n'avez pas mis la muselière ? », interroge la présidente. « Je n'avais pas les idées claires. Je ne sais pas », répond simplement le prévenu.
Le vice-procureur a ajouté que tous les effectifs de police disponibles - quinze à vingt agents - se sont déplacés à la Grâce-de-Dieu. « Parce qu'à ce moment-là, vous aviez une bonne quinzaine de personnes du quartier qui risquaient de lyncher M. Richard », précise Bruno Albisetti.
Pour défendre son client, Me Stéphanie Lande rejette une partie de la faute sur les propriétaires du molosse, « dénominateur commun de toutes les infractions », dit-elle. Ces gens inconscients l'ont confié à quelqu'un d'ivre, avec un casier judiciaire. Il n'aurait jamais dû être en sa possession », ajoute-elle en sollicitant une peine mixte.
Le tribunal a condamné Romain Richard à quatre ans de prison, dont six mois avec sursis et mise à l'épreuve, avec obligation de soins et de travail ou de formation. Il a été incarcéré à la sortie du tribunal. Pour deux des victimes, une expertise médicale a été demandée. Le chien, lui, sera euthanasié.
Nathalie HAMON.